La Kungsleden, voie royale en Laponie

Du 19 juillet au 30 juillet 2013

Abisko –> Vakkotovare – bivouac

Après plusieurs vacances à vélo, nous avons décidé cet été de partir pour la première fois ensemble à pieds. Nous avons cherché l’inspiration dans le livre Randos autour du monde, où nous continuerons à piocher des idées par la suite.
La Kungsleden (ou voie royale) reste la plus belle randonnée que nous ayons faite : sur ses 425 km en Laponie, au nord de la Suède, nous avons réalisé les 109 kilomètres du tronçon le plus emprunté. Probablement facile pour les Suédois habitués à marcher dans la région, il l’est moins pour nous à cause des nombreux cailloux qui le parsèment. Le terrain n’est pas tellement difficile, il n’y pas de réel dénivelés si l’ont fait abstraction bien sûr du Kebnekaise (plus haute montagne de Suède), mais il n’est pas « roulant » non plus.

Chemin en bois, Kungsleden, Laponie

Les planches de bois, un classique de la Kungsleden, pour éviter les morceaux de terrains inondés ou embourbés

Les paysages nous ont coupé le souffle et nous ne nous étions jamais sentis proches de la nature. Bien sûr, le fait de ne pas dormir dans (et presque jamais près) des refuges a beaucoup joué, parce que l’on réalise tout à coup en s’en approchant que nous sommes loin d’être seuls sur le parcours.
Nous y avons utilisé pour la première fois et avec succès notre réchaud à bois : il nous suffisait de ramasser quelques brindilles pour allumer le foyer et cuisiner. Une sensation assez exceptionnelle, très loin du bruit d’un réchaud à gaz, de subvenir à nos besoins en faisant avec ce que la nature environnante nous donnait.

Réchaud à bois

Notre réchaud à bois, tout propre au début de la randonnée

Le détail de nos étapes :

Vendredi 19 & samedi 20 juillet : Paris –> Stockholm –> Boden –> Abisko

 

Abisko, Kungsleden Laponie

Il est pratiquement vingt-deux heures, et il fait toujours jour

Nous avons passé près de vingt-neuf heures dans les transports pour arriver à Abisko, point de départ de notre randonnée. Et mon stress de parisienne a beaucoup appris des Suédois pendant ce trajet ! Lors d’un arrêt de notre train en gare, il y a en effet eu un meurtre sur le quai d’en face (oui, oui !). Notre train est resté sur place un bon moment, afin que les policiers puissent monter à bord interroger les témoins potentiels. Évidemment, ce n’était pas le dernier train que nous devions prendre pour arriver à destination, et je m’inquiétais de la possibilité de rater celui avec lequel nous devions enchaîner, parce qu’il n’y en avait pas d’autre après. J’avais littéralement l’impression d’être la seule à me poser cette question à bord… À juste titre : le train suivant nous a attendus, ainsi que de nombreux autres passagers, pendant plus d’une heure et demie avant de partir.

Dimanche 21 juillet : Abisko –> sortie du parc national d’Abisko
Marie et Alex sur la Kungsleden en Laponie

Note pour plus tard : sourire sur les selfies

Première rencontre avec des élans aujourd’hui. Difficile de trouver les mots pour décrire ce que ça fait.
Les quatre litres d’eau que je porte rendent la marche plus difficile. Nous découvrirons plus tard que nous sommes bien les seuls à nous encombrer d’eau : les randonneurs locaux portent une tasse à la ceinture, et se baissent simplement au-dessus des cours d’eau quand ils ont soif.

Lundi 22 juillet : sortie du parc national d’Abisko –> Alesjaure
Rennes le long de la Kungsleden, Laponie

En bonne compagnie, pendant notre pause déjeuner

Nous avons vu beaucoup de Rennes tout au long de la journée aujourd’hui. Même si le ciel n’est pas parfaitement dégagé et que le thermomètre n’annonce pas de canicule, nous commençons à griller comme des poulets.

Renne le long de la Kungsleden, Laponie

Coucou !

Dîner près du lac au refuge d'Alesjaure, Kungsleden, Laponie

L’endroit parfait pour fêter notre anniversaire (et justifier d’avoir emporté une bouteille de vin !)

Mardi 23 juillet : Alesjaure –> quelques kilomètres avant Sälka
Vallée, Kungsleden, Laponie

Et au milieu, coule une rivière

Aujourd’hui nous avons rencontré un couple de suédois qui marchent en parallèle de nous. Plutôt que « rencontré », disons que nous avons échangé quelques mots avec eux : lui n’avait visiblement pas envie de s’attarder à discuter, pressé d’arriver à destination, tandis qu’elle n’aurait pas été contre le fait de faire une pause prolongée avec nous. Nous nous croiserons de nouveau le jour suivant mais, en définitive, nous marcherons plus vite qu’eux (na !).

Mercredi 24 juillet : quelques kilomètres avant Sälka –> Kebnekaise
Cailloux, Kungsleden, Laponie

Le chemin se révèle au fur et à mesure

Rennes le long de la Kungsleden, Laponie

Encore un ! Solitaire, cette fois

Lac, Kungsleden, Laponie

La pause s’impose !

Vallée, Kungsleden, Laponie

Qu’y aura-t-il de l’autre côté ?

Le soleil se fait bien sentir aujourd’hui, surtout que nous n’avons pas assez de crème solaire. J’ai retroussé les jambes de mon pantalon pour la première fois, et j’ai fini la journée avec de grosses marques de bronzage sur les tibias, alors que je ne bronze jamais des jambes… Ce n’est pas tellement la température le problème, c’est l’impression que nous sommes vraiment plus près du soleil qu’à Paris.
Nous avons dû marcher une trentaine de kilomètres aujourd’hui, et les cailloux ne rendent pas la progression facile. Mais nous sommes arrivés à destination : au pied du Kebnekaise, que nous aborderons demain.

Jeudi 25 juillet : Kebnekaise
Début de l'ascension du Kebnekaise

Deux pas en avant, un pas en arrière

Malgré ses « seulement » 2106 mètres d’altitude, nous commençons l’ascension du Kebnekaise sans trop nous la jouer, la randonnée étant censée prendre entre dix et treize heures aller-retour. Nous comprenons vite pourquoi : les cailloux et autres morceaux de rochers sur le chemin rendent le parcours difficile, et nous glissons parfois à reculons. Heureusement nous sommes partis légers, avec seulement de quoi boire et manger pour la journée : comme tout le monde, nous avons laissé nos affaires sous la tente, entre le début de la randonnée et le refuge du Kebnekaise.

Pan de neige, Kebnekaise, Kungsleden

Un premier pan de neige et de glace sur le côté

Première étape, Kebnekaise, Kungsleden

Arrivés au « Tibet », où l’on croit l’espace d’un instant que c’est terminé…

Le moment le plus difficile a été quand nous avons découvert, une fois arrivés à un premier sommet, que ce n’était qu’une étape intermédiaire.

Première étape, Kebnekaise, Kungsleden

… pour découvrir avec un autre point de vue, qu’il faut tout redescendre et remonter de l’autre côté

Le soulagement de la fin ne dure qu’une seconde, le temps de réaliser que, non seulement c’est loin d’être le sommet, mais qu’en plus il faut redescendre ce pan de montagne de l’autre côté pour commencer, enfin réellement, à gravir le Kebnekaise.
En continuant notre route, une fois sur le « bon » pan de montagne, nous croisons un type qui nous explique qu’il faudra être vigilants une fois arrivés au sommet, car d’un côté comme de l’autre, c’est la mort qui nous attend. Je passe une partie du reste du trajet à me demander s’il plaisantait et pourquoi il s’est senti obligé de nous raconter cela.

Sommet du Kebnekaise, Kungsleden

Le vrai sommet

La fatigue a probablement aidé, j’ai pleuré de joie en apercevant enfin le sommet. L’ascension du Kebnekaise, ainsi que la Kungsleden dans son ensemble, restera ma randonnée préférée.
Mais une fois tout en haut, j’ai été surprise d’avoir le vertige. Notre oiseau de mauvais augure avait raison : un faux-pas, et c’est la mort. Alex est à l’aise, lui, et prendra le temps de faire davantage de photos.

Vue depuis le sommet du Kebnekaise

Vue depuis le sommet du Kebnekaise

Vue depuis le sommet du Kebnekaise

Vue depuis le sommet du Kebnekaise (bis)

Vue depuis le sommet du Kebnekaise

Vue depuis le sommet du Kebnekaise (again)

Glacier vu depuis le sommet du Kebnekaise

Le glacier

Tas de pierres, Kebnekaise, Kungsleden

Bientôt la fin, à notre tour de laisser notre marque

Descente retour du Kebnekaise, Kungsleden

Et maintenant, il faut tout redescendre

Finalement, le Kebnekaise nous aura pris onze heures aller-retour et nos genoux l’auront bien senti passer.
Au retour, nous avons eu l’idée de génie de pousser jusqu’au refuge du Kebnekaise, pour faire quelques courses et nous offrir un bon dîner. Une heure de marche en plus, et presque cinquante euros dépensés plus tard, pour quelques cartes postales et un paquet de gâteaux (histoire de nous rappeler que nous sommes dans un des pays les plus chers du monde), nous nous installons enfin à table pour un dîner même pas si bon que cela (dont le prix, lui, s’est effacé de nos mémoires).
L’occasion en revanche de bénir l’inventeur des chaussettes en mérinos, et de maudire celles en synthétique d’Alex : doit-on réellement obliger quelqu’un qui vient de marcher douze heures, à enlever ses chaussures en entrant dans un refuge ?

Vendredi 26 juillet : Kebnekaise –> croisement des routes vers Singi/Kebnekaise/KaitumJaure
Montagne le long de la Kungsleden, Laponie

Sur notre route

Rennes traversant une rivière, Kungsleden, Laponie

Traversée en famille

Petite journée aujourd’hui, après celle d’hier. Ce soir, nous avons probablement planté notre tente au milieu d’un boulevard pour rennes : une trentaine d’entre eux a traversé la rivière à côté tout à l’heure, et trois viennent de faire la même chose. Ce sera probablement le ballet toute la nuit.
J’ai trouvé un petit bois de rennes par terre, qu’Alex se fait une joie de rapporter à la maison en souvenir. L’occasion de combler mes lacunes et d’apprendre que les cervidés perdent leurs bois chaque année.

Rennes dans le soleil couchant, Kungsleden, Laponie

De l’autre côté

Samedi 27 juillet : croisement des routes vers Singi/Kebnekaise/KaitumJaure –> Teusajaure
La plage au bout du refuge de Teusajaure

Difficile de goûter à ce charme quand on vient de se faire arnaquer

Sauna du refuge de Teusajaure

Le sauna du refuge de Teusajaure

Aujourd’hui, nous avons fait la connaissance d’un couple assez rigolo : lui, espagnol, a clairement fait la course avec nous et tenté d’aller plus vite ; elle, britannique, se demandait ouvertement ce qu’elle était venue faire dans cette galère.
Ce soir, nous campons au refuge de Teusajaure, avec la désagréable impression de nous être faits racketer. Non seulement nous payons pour planter notre tente dans les cailloux sur la plage, parce que le refuge est tout au bout du chemin avant le fleuve (alors que l’autre refuge près duquel nous avons campé une fois ne nous a rien demandé), mais en plus nous payons pour traverser le fleuve dans un petit bateau à moteur le lendemain, alors qu’il n’y a pas d’autre issue possible.
Surtout, nous découvrirons le lendemain que nous aurions pu traverser nous-même à la rame à l’aide de barques laissées en libre service, et qu’un petit terrain pour poser notre tente nous attendait sur l’autre rive.

Dimanche 28 juillet : Teusajaure –> Vakkotovare
Chemin en bois, Kungsleden, Laponie

Le paysage typique de la Kungsleden

Nuages et montage, Kungsleden, Laponie

Avant la pluie

Ce soir, nous dormons dans un petit coin sympa juste avant Vakkotovare, afin de profiter d’une dernière nuit sous la tente avant la fin des vacances. J’ai adoré être coupée du reste du monde pendant ces huit jours… quel choc quand nous sommes tombés tout à l’heure sur un groupe de jeunes français ! Ils étaient ravis de pouvoir parler leur langue avec des inconnus, et extrêmement contents que leurs portables captent de nouveau. Cela me surprend à chaque fois, de constater le décalage qu’il peut y avoir entre notre style de vacances, et celui des autres.

Lundi 29 & mardi 30 juillet : Vakkotovare –> Stockholm –> Paris
Bois de rennes, Kungsleden, Laponie

Les bois ramassés sur le long du chemin

Petite halte à Stockholm avant de rentrer, où les prix scandinaves nous dégoûtent une fois de plus, surtout après huit jours passés dans la nature.
Après quelques péripéties, nous réussirons à rapporter les bois trouvés le long du chemin à Paris. Il était impossible de les mettre en soute, au risque d’abîmer nos sacs à dos et les bagages des autres passagers, et ils étaient considérés comme des armes potentielles dans l’avion. Ils nous valurent donc d’entrer en derniers en cabine… et permirent à l’équipage, commandant de bord compris, de faire quelques selfies avant de les ranger sous clef !

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